J’ai découvert cette semaine grâce à Ronan Petillon, la vidéo de CNN sur le sujet « Qui sont les Stealthy Wealthy et pourquoi sont-ils riches? ».
A vrai dire, je pensais à une manipulation de l’administration Trump pour valoriser le travail des ouvriers. Mais la réalité est toute autre, je me suis bien trompé. Un sujet passionnant.
Comprendre la richesse discrète des entrepreneurs américains
La représentation dominante de la richesse dans les sociétés occidentales repose sur des figures médiatiques : acteurs, sportifs, cadres de la tech ou professionnels de la finance. Pourtant, les données économiques récentes issues de recherches académiques remettent en question cette narration. Une analyse approfondie des déclarations fiscales américaines entre 2000 et 2022, menée par Owen Zidar (Princeton) et Eric Zwick (Université de Chicago), révèle l’existence d’une classe d’entrepreneurs à haut revenu, invisibles dans les discours publics, qualifiés de « stealthy wealthy » (riches discrets).

Méthodologie de l’étude
Les chercheurs ont exploité des données fiscales anonymisées portant sur les sociétés de type pass-through (sociétés de personnes, S-Corps), typiquement représentatives de PME générant environ 20 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel et employant une centaine de personnes. Ils ont recoupé ces données avec des bases d’actifs visibles (jets privés, yachts) pour identifier les détenteurs de patrimoines élevés.

Résultats principaux
- Source de richesse
Chez les 10 % des contribuables américains aux revenus les plus élevés, la majorité des revenus provient du travail salarié. Toutefois, ce schéma s’inverse au sein des 2,1 % les plus riches : la majorité de leurs revenus est générée par les bénéfices issus de leurs entreprises. - Nature des entreprises
Ces revenus ne proviennent pas de la finance ou de la technologie, mais de secteurs classiques et stables : distribution automobile, équipement de bâtiment, distribution alimentaire, cliniques dentaires, services juridiques ou logistiques. Les entreprises concernées produisent des biens ou des services tangibles. - Géographie et parcours
Contrairement aux élites visibles situées sur les côtes (New York, San Francisco), ces entrepreneurs résident souvent dans des zones rurales ou périurbaines. Nombre d’entre eux ne sont pas diplômés d’universités prestigieuses, certains n’ayant pas suivi d’études supérieures du tout. - Comportements économiques
Ils présentent une forte discipline financière : faible endettement, réinvestissement des profits, peu ou pas de signes extérieurs de richesse. Ce profil contraste avec les professionnels à hauts revenus exerçant dans des environnements à forte pression sociale et économique. - Comparaison historique
Les travaux de Zidar et Zwick prolongent les observations de Stanley et Danko dans The Millionaire Next Door (1996), qui montraient déjà que de nombreux millionnaires américains étaient issus de métiers artisanaux ou de l’entrepreneuriat local.
Conséquences politiques et fiscales
L’étude met en lumière les effets asymétriques des politiques fiscales récentes, notamment les déductions accrues pour les revenus issus des sociétés de type pass-through. Ces mesures, peu visibles dans le débat public, représentent un coût fiscal supérieur à certaines coupes budgétaires controversées (ex. Medicaid). Elles interrogent la cohérence des choix budgétaires en matière de soutien à la croissance économique versus réduction des inégalités.
Perspectives pour les jeunes diplômés
Les conclusions appellent à une redéfinition des trajectoires de réussite. L’entrepreneuriat régional, même dans des secteurs considérés comme peu innovants, constitue une voie crédible vers l’indépendance financière. Cela suggère également un besoin de réévaluation des politiques éducatives : réintégrer l’apprentissage des métiers techniques et de gestion d’entreprise dès le secondaire pourrait accroître la mobilité sociale.
Quels sont ces fameux métiers?
- tous les métiers qui aident les supers-riches : assistant personnel, conseiller, personnalisation, restaurateur d’objet de luxe, etc.
- des métiers ultra-spécifiques que personne n’aime : nettoyage de tapis de voiture, vente de voiture d’occasion
- tous les métiers manuels : plombier, électricien, ouvrier dans la construction, tant que vous facturez au devis.
Pourquoi ma perception est-elle fausse?
- L’administration Trump, notamment lors de son second mandat, est marquée par une influence croissante des milliardaires, en particulier issus de la tech (Elon Musk, Peter Thiel, David Sacks, etc.), qui jouent un rôle direct dans l’élaboration des politiques publiques et la dérégulation.
- Le phénomène de « stealth politics » décrit dans la littérature académique concerne la manière dont les ultra-riches, souvent de façon discrète, influencent la politique américaine, mais cela n’a rien à voir avec une incitation à éviter la tech pour créer des entreprises.
- Au contraire, la tendance actuelle montre plutôt une imbrication croissante entre la tech et le pouvoir politique, les élites technologiques cherchant à orienter les politiques à leur avantage, parfois au détriment d’autres secteurs économiques ou de la régulation démocratique.
Ca me rappelle ce screenshot que j’ai pris pour me souvenir que le monde change, et que je dois recommander à mon fils d’ouvrir les yeux avant de choisir ses options d’études.

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Conclusion
L’étude sur les stealthy wealthy constitue un contre-récit fondé empiriquement à l’imaginaire économique dominant. Elle démontre que la création de valeur, la pérennité économique et la génération de richesse sont moins liées à l’innovation technologique qu’à l’exploitation rigoureuse et continue de besoins fondamentaux dans des marchés locaux. À ce titre, elle constitue un apport essentiel à la compréhension contemporaine de la stratification économique.